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Hommes raisonnables? Des hommes détenteurs de la sagesse? Des hommes inspirés par l'esprit?… Non, ce n'est pas possible; là, le conteur a passé la mesure.
                                                                                                                                                 Pierre Boulle.


 


La voute nuageuse empêchait tout passage de la lumière solaire, ce jour-là. Le vent du nord venait coucher le blé des champs avoisinants, on n'était pas loin des premières moissons. Arrêté sur la route un groupe de personnes, restait insensible aux charmes de la nature. Femme, enfant et soldats regardaient un homme agoniser sur le sol, une épée plantée dans le ventre. Un peu plus loin, face à eux, un large auvent en toile blanche venait d'être installé, il abritait un trône fait de bois noirs et de velours rouges. Le travail accompli par les artisans sur le bois d'Iolent et sur les tissus des contrées nordiques indiquait, d'un simple regard, la richesse et la puissance du propriétaire de ce siège.
Un individu de grande taille, sans cheveux, avec pour simple habit une longue tunique de lin, s'appuyait sur le dossier du trône royal. Il contemplait, sans émotion, les derniers instants du moribond.


— Mon roi, il vous faut venir, c'est la fin ! Cria-t-il vers un homme se trouvant à quelques mètres de lui dans un champ de blés.


L'homme ne répondit pas tout de suite, les bras levés, il laissait les épis blonds poussés par le vent, continuer de lui caresser la paume des mains. La tête tournait vers le ciel, les yeux fermés, il essayait d'oublier cette journée.


— Allons seigneur vous le savez bien, il vous faut être auprès d'elle pour son chant ! Répéta plus fort, l'homme au crane rasé.


Le roi dans un profond soupir ouvra les yeux et se retourna vers son nécromancien, il décida, non sans réticence, de rejoindre le campement improvisé. Fatigué par une année de guerre, il ne désirait plus qu'une seule chose, que tout cela cesse.

Dès qu'il fut assis, l'épée commença à osciller sur son axe. Le roi ne put réprimer un frisson de dégout en voyant son arme élargir un peu plus la longue plaie béante de l'homme à terre.
Les runes gravaient sur la lame noire se mirent à luire intensément.


— Assassin, vil bourreau que tu es, comment peux-tu montrer cette ignoble spectacle à son fils ? Tout en hurlant la femme essayait, l'enfant accroché à sa robe, de s'approcher du roi, mais les gardes lances relevées, l’empêchaient d’avancer vers lui.


Le roi allait répondre quand apparu une étrange créature. Elle était assise en lieu et place de l'épée, son corps nu d'une extrême beauté retenait toute l'attention des hommes. L'un de ses bras demeurait dans la poitrine du supplicié, de l'autre elle remonta une partie des cheveux argentés qui lui cachait le visage, pour découvrir seulement sa bouche. Tous virent les sombres lèvres bouger, mais aucun son ne se fit entendre.


— Nécromant, je pense que tu sais ce qui se passe ? Dit le roi à l'homme qui se tenait derrière lui.


Le sorcier acquiesça en hochant la tête et se laissa glisser doucement à terre. Dans la même position que l'être en face de lui, il releva d'un coup la tête vers son roi, ses yeux devenu blanc, il se mit à réciter d'une voix monotone.



«  Moi fille des seigneurs du chaos. Toi roi des marches du Nord. Mon amour, mon amant, mon esclave. Je t'ai vu descendre ce jour-là, empli de jalousie et de haine, les marches de Lobrag, pour venir m'extraire de la cuve incandescente. Simple scorie sur l'acier en fusion, devenu épée de guerre dans tes mains. A toi l'invulnérabilité et les victoires lors de nos chevauchées guerrières. A moi, les flammes de la destruction. Villages, fortins, capitale fortifiée disparurent sous nos coups redoublés, puis vint le temps des sacrifices avec tout ce sang étalé sur moi. Mais tout s'arrête là, mon bien aimé, ma nouvelle destinée approche, une autre main s'avance vers moi, O mon r...  »



Un cri déchira l'air. Le nécromant tomba à la renverse, les yeux clos. Le roi senti la froidure de son ancienne lame lui caresser la gorge. Il voyait sur l'arête central de l'arme, les runes s'éteindre une à une.


— Dis à tes hommes de jeter leurs piques et de reculer ! dit la prisonnière entre ses dents, le visage tout près du sien.


— Partez, lâchez l'enfant, aidez le nécromant à se relever et laissez nous, dit le roi d'un ton qui ne laissait aucune réplique.


Un peu surpris des derniers événements les soldats hésitèrent, mais devant le regard impérieux de leur seigneur, ils obéirent.


— Voilà qui est mieux messire, je t'avais dit de ne jamais revenir ici, mais cela a été plus fort que toi ! Ta jalousie envers mon amant et son fils, a tout emporté, ta fait commettre les pires atrocités ! Elle reprit sa respiration, plaqua un peu plus fort l'acier noir sur la peau du roi.


— Lève les yeux scélérat, tu trouveras peut-être la rédemption dans mon regard, dans le plaisir que ta mort va me procurer.


Adieu...

 


 

 

 

— Vous ne pouvez pas y aller ! Dit le nécromancien qui se trouvait une fois de plus à terre, déposé par les hommes qui le soutenaient depuis la sortie du campement. Vous ne comprenez pas, il vient de vous sauver la vie, personne n'arrête cette lame ! Reprit-il tout en essayant de se redresser.


— Allons sorcier, c'est une femme qui la détient sans connaissance des arts de la guerre et si tu dis vrai, de toute façon, nous allons défendre notre roi dit un des hommes de l'escouade.


— Oui, mais c'est avant tout une reine et elle lui obéira ! Ajouta le nécromant qui avait fini par se mettre debout. Moi ce que je sais pour l'avoir vu et dis à notre roi, elle ne pourra rien contre lui, écume ne tue pas les monarques, elle se contente de détruire leurs royaumes ! Tout en disant cela il reprit difficilement la route. Au bout de quelques instants, il ajouta.


— Malheureusement, elle a levé de terre l'épée pour se défendre et attaquer, écume va lui réclamer son dû, nous allons laisser derrière nous une reine sans pitié et ivre de vengea...


Les larmes du désastre modifié-4


Des hurlements de femme mêlées à des cris d'enfant leurs parvinrent du camp, les hommes la tête baissée reprirent leur marche dans les pas du nécromancien.


 

 

 

 

 

 

(Merci à Malek pour son illustration)

 

 

  


Samedi 26 février 2011 6 26 /02 /Fév /2011 23:11
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